Bruno Pelletier
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Le Grand concert de la francophonie – Notre meilleure armure

Par Mario Girard, La Presse

Quand j’ai reçu en après-midi le scénario du Grand concert de la francophonie de la SuperFrancoFête, j’avoue que j’étais perplexe. À quoi peut-on s’attendre d’un spectacle qui mélange allégrement Diane Dufresne, Isabelle Boulay, Bruno Pelletier, Véronic DiCaire, Lou-Adriane Cassidy, MC Solaar, Hélène Ségara, Liane Foly, Shy’m, Ycare, Julien Lieb, Jérémy Frérot, Linh, de même que Plastic Bertrand et La Compagnie créole ?

Tout ce monde était là pour rendre hommage à Michel Sardou, mais aussi pour interpréter ses succès et ceux des autres. Que serait le fil conducteur de ce gigantesque et splendide plateau conçu pour le public de l’Agora du Port de Québec, mais aussi pour la télévision ?

Le concept télévisuel explique sans doute le choix de Michel Sardou, un véritable Dieu pour nos cousins, et le choix des artistes québécois qui ont tous (hormis Lou-Adriane Cassidy) une forte résonance auprès du public français. Il n’y a pas de doute que la France pesait lourd dans ce projet qui demeure toutefois une formidable carte postale pour le Québec en Europe.

Au bout de 20 minutes, j’ai mis de côté ces considérations pour m’abandonner totalement à cette formidable célébration de la chanson d’expression française.

Présenté par notre Garou et Cyril Féraud, animateur vedette en France (Fort Boyard, Tout le monde veut prendre sa place), le spectacle a mis de côté le Sardou controversé et sulfureux qu’il a parfois été pour nous offrir le consensuel, le romantique et le poète qui a créé des monuments de chansons.

Le spectacle a commencé avec un pot-pourri composé de En chantant, La maladie d’amour, Je vais t’aimer et Les vieux mariés. Que des bombes. Une dizaine d’autres se sont ajoutées, dont la très bouleversante Je vole par Linh (The Voice en France), Vladimir Ilitch par Julien Lieb (Star Academy en France), une chanson très sardouienne avec d’accrocheurs paliers musicaux. Ces deux interprètes savaient qu’ils se produisaient au pays des « chanteurs à voix » et ont voulu montrer de quel bois ils se chauffent.

Ycare, qui a signé le nouveau titre de Céline Dion, Bonjour, Pardon, Merci, a offert une puissante interprétation de la chanson Le France installé sur un quai et entouré d’une nuée de moustiques. Véronic DiCaire a défendu notre réputation avec Rouge.

MC Solaar a eu la chance de revisiter quelques-uns de ses titres (Bouge de là, Victime de la mode). Hélène Ségara, qui célèbre 30 ans de carrière, a fait de même avec On n’oublie jamais et Vivo Per Lei qu’elle a interprété avec son ancien partenaire de Notre-Dame de Paris, Bruno Pelletier, toujours éblouissant. Subjugué, le public s’est levé pendant la chanson. La troupe lui a ensuite offert Il y a trop de gens qui t’aiment.

Après avoir été précédée par deux de ses grands succès, J’ai rencontré l’homme de ma vie et Les hauts et les bas d’une hôtesse de l’air, interprétés par Hélène Ségara, Garou, Cyril Féraud et Véronic DiCaire, Diane Dufresne est apparue pour offrir Tous dans la même direction, tirée de son disque État de siège. Les absurdités et les excès de notre époque sont contenus dans cette chanson, nettement la plus électrisante du spectacle.

Celle qui a droit à une année d’honneur (après le spectacle de la Saint-Jean) est revenue présenter un mashup d’Oxygène et Hymne à la beauté du monde en compagnie de Bruno Pelletier.

Véritable ovni du spectacle, Plastic Bertrand a fait lever les milliers de spectateurs avec ses tubes Stop ou encore et Ça plane pour moi. À 72 ans, c’est qu’il an encore la pêche, le Belge.

Et tant qu’à plonger dans la nostalgie, aussi bien inviter La Compagnie créole et ses vers d’oreille : Ça fait rire les oiseaux, C’est bon pour le moral et Au bal masqué. « Oh mon Dieu ! Je ne peux pas le croire », a crié une femme à côté de moi. Elle s’est levée pour se trémousser le popotin. Comme tous les autres spectateurs. Comment expliquer ce phénomène ? Un mystère.

Dans ce flot d’hommages, les chansons Désenchantée (Isabelle Boulay et Lou-Adriane Cassidy), Salut les amoureux (Garou et Hélène Ségara), Comme d’habitude (Hélène Ségara) et Ne me quitte pas (Ycare, autre ovation de la soirée) se sont faufilées pour nous dire que la chanson francophone est toujours vivante et qu’elle traverse les époques avec panache.

On a réservé une place pour quelques nouveautés. Ainsi, à moins d’une coupe, le public français pourra découvrir Lou-Adriane Cassidy et son succès Dis-moi dis-moi dis-moi.

Mis en scène et conçu par Jean-François Blais (La voix, En direct de l’univers), le spectacle a bénéficié de l’expérience du directeur musical Scott Price. C’est toujours un défi de signer les arrangements d’une cinquantaine de chansons provenant de divers horizons et époques. Il l’a relevé avec brio.

Vous pourrez voir cette émission, réalisée par Maxime Bissonnette-Théorêt, à l’automne sur les ondes de Radio-Canada. En France, ça sera sur l’une des chaînes de France Télévisions.

C’était ma troisième SuperFrancoFête (Plaines de chansons, L’été de mes chansons, Grand concert de la francophonie). J’en ressors chaque fois galvanisé, inspiré, endurci. On le sait, notre culture et notre langue ne sont jamais à l’abri des coups durs. Nous l’avons encore vu ces derniers jours. Ce genre de soirée est notre meilleure armure.